Ma Bipolarité
- Isabelle N'TO
- 26 nov. 2025
- 3 min de lecture
Dernière mise à jour : 5 janv.
Je vous ai parlé de mon hospitalisation dans mon tout premier article. A l’heure où je rédige cet article, je suis encore en clinique. Bonne nouvelle, début décembre sera le premier jour du reste de ma vie.
Objectif : ne pas y retourner. J’ai maintenant les armes pour lutter contre ce trouble, mon trouble car je suis psycho éduquée (Merci Docteur G.)
La psycho éducation, quesako ?
Il s’agit de bien connaître et comprendre sa maladie, repérer les signes avant-coureurs ou prodromes et surtout avoir une bonne observance du traitement.
Longtemps, on a cru que j’étais dépressive, mais en 2016, le diagnostic est tombé, je souffre de bipolarité (appelée par le passé maladie maniaco dépressive); comme son nom l’indique, il y’a deux pôles, qui sont diamétralement opposés : un pôle de manie (ou phase up) et un pôle de dépression (ou phase down). Il y a bien évidemment des nuances ; l’hypomanie venant sournoisement se glisser entre les deux.
En manie, toutes les émotions sont exacerbées ; c’est de l’hypomanie, en version++++
Quand une personne est en manie, elle se croit maître du monde ; tout est possible ; certains s’identifient même à Dieu (et oui, rien que çà) !
Des projets parfois inatteignables se bousculent. Il y’a une prise de risque déconcertante : conduite à risques, rapports sexuels non protégés, irritabilité et j’en passe et au travail, c’est la cata ; il va se croire supérieur à son responsable hiérarchique et conflits avec ses collègues.
Pour moi, les manifestations de la manie étaient des achats compulsifs dont j’avais nullement besoin (pour la petite anecdote, j’ai acheté pendant cette phase des moules à madeleine ; qui ont bien fait rire mon psychiatre et mon conjoint à l’époque.
Pour ma part, les épisodes maniaques étaient associés à des éléments psychotiques ; des hallucinations auditives (émanant de personnes disparues qui me voulaient du bien).
Pour la petite histoire, au plus haut de mon épisode maniaque, j’ai envoyé un mail très curieux à un collègue (responsable d’un autre service), j’ai eu une attitude complètement dingue. J’ignore pourquoi ils ne m’ont pas licenciée à ce moment-là. Je n’ai jamais connu une société aussi humaine et bienveillante, à l’écoute de ses salariés.

En hypomanie (qui est aussi considérée comme une phase up), mais à un degré moindre que la manie , nous sommes très productifs, on abat une charge de travail inconsidérable ; c’est du pain béni pour les employeurs.
Cela m’a longtemps fait peur ; un grand sentiment d’incompréhension et de honte m’ont longtemps animée.
Comment expliqué le fait qu’une grande partie de ma vie (27 années), j’ai été malade. Mauvais diagnostic de posé ; donc traitement inadapté et ce pendant tout ce temps. Et lorsque enfin le diagnostic a été posé, ce fut une délivrance ; je vais pouvoir bénéficier du bon traitement.
On en parle de la dépression ?!
Définition selon le Petit Larousse :
« État pathologique marqué par une tristesse avec douleur morale, une perte de l'estime de soi, un ralentissement psychomoteur ».
Définition Isabelle :
Période de profonde tristesse où plus rien ne compte sauf notre mal être ; même pas nos enfants. Nous sommes très égocentrés ; c’est moi, moi, moi.
Moi et ma douleur tout au long de la journée. Notre pathologie nous empêche de sortir du lit, même prendre une douche devient compliqué.
Quand je suis dans cet état, c’est mon fils ainé qui me faisait sortir de ma torpeur car je devais leur faire à manger.
Par moment, j’étais tellement mal que mon grand faisait des pates vite fait pour son frère.
Cette p….n de maladie a volé un pan de ma vie, que je ne retrouverai jamais.
Et surtout, je ne comprenais pas, pourquoi moi ?
Qu’avais-je fais au bon Dieu pour mériter cela ?
Ça m’arrangeait bien que tout le monde parle de dépression me concernant ; ça passe mieux que bipolaire.
Et puis, en 2022, ça a été le début de la fin. J’ai enchainé les hospitalisations, parfois sous contrainte, parfois non.
Cela m’a coûtée non seulement mon couple, mais aussi mon emploi.
En effet, mes nombreuses hospitalisations m’ont value d’être en longue maladie et cela était devenu inacceptable pour l’employeur qui a une boîte à faire tourner.
En mai 2025, comme d’un commun accord, on a décidé de mettre fin à mon contrat de travail.
Ce fût une vraie délivrance ; et ce des deux côtés.
Ceci est une réelle opportunité de faire un métier passion ; à savoir l’esthétique en général et la socio esthétique en particulier.
Cela fera l’objet d’un prochain article.
Ainsi, un nouveau livre s’ouvre avec une page blanche et c’est à moi d’en faire ce que je souhaite.



Chaque. Bipolarité est différente et pourtant que de points communs dans ce portrait. La honte du diagnostic, les achats compulsifs (dis tu me prêteras ton moule à madeleines et je t’en ferai 😀), la culpabilité autour des difficultés dans la vie quotidienne et au travail... vive la psychoéducation qui nous permet de nous faire confiance à nouveau en comprenant que tous ces pans volés de notre vie sont dus à la maladie. L'accepter c’est comprendre qu’il nous incombe de ne plus la laisser prendre le contrôle. Et ce sera déjà un très grand pas